Inde du Nord
Bonjour à tous,
cette semaine nous souhaitons tout d'abord dire à Thibault à quel point il nous manque, et combien il est important à nos yeux !
Ce fabuleux voyage touche bientôt à sa fin, et pour finir en beauté nous avons finalement décidé de nous rendre à Calcutta en Inde comme vous l'explique Nicolas dans son article. Julien, touché de plein fouet par la spiritualité de ce pays vous parlera de Varanasi la ville de Shiva au bord du Gange où l'Odyssée s'est laissée bercer par la musique Indienne riche en diversité et en couleur. Enfin Cédric, profitant de notre séjour à Dharamsala, siège du gouvernement tibétain en exil, pousse un coup de gueule qui nous tient tous à cœur faisant suite à celui sur la Birmanie, " le Tibet libre ".
Nous nous excusons encore auprès de nos lecteurs pour l'interruption temporaire du site Internet la semaine dernière.
Bonne lecture et bonne écoute des cinq nouvelles fiches musicales de l'auditorium. A la semaine prochaine pour la dernière actualisation autour du monde.
L'Odyssée Des Musiques .
Alors que le Laos s'annonçait compliqué en matière de filmage et le Vietnam peu différent en ce qui concerne la musique, nous décidions de partir pour l'Inde.
Gange, de la terre au ciel(suite en cliquant sur le titre de l'article)
Au nord de l'Inde, l'Odyssée a fait une longue étape à Varanasi, la ville de Shiva où les pèlerins des quatre coins du pays viennent se purifier dans les eaux du " Ganga ". Nous n'avons bien sûr pas hésité une seconde à en faire autant, nos pauvres âmes en errances en ayant bien besoin. Le soir de notre arrivée, alors que la mousson battait son plein, nous avons descendu les célèbres " ghats " (escaliers menant au Gange) chantant et dansant sur l'air de " I'm singing in the rain " pour faire nos ablutions.
Tibet : une âme en exil (suite en cliquant sur le titre de l'article)
Cela peut paraître tourner à l'acharnement contre le gouvernement chinois, mais il faut tout de même reconnaître que les faits ne plaident pas en leur faveur
Folie, pas tellement car c'est un endroit où les musiques foisonnent, immanquable nous expliquait-on. Direction Calcutta, un nom qui nous paraît effrayant lorsque nous achetons nos billets d'avion, mais bon, peu importe, ce sont les moins chers, nous décollons. De Bangkok à Kolkata, depuis peu appelée ainsi par volonté de " réindianisation " du gouvernement indien, il faut compter environ 3 h de vol, dont les 20 dernières minutes sont un vrai régal. Nous survolons le delta du Gange qui se situe au Bangladesh puis à raz les pâquerettes nous filons jusqu'à la capitale culturelle du pays, surplombant les multiples rizières et cours d'eau. Calcutta est une ville intrigante pleine de vie où des scènes d'hystérie éclatent un peu partout à chaque heure de la journée. Nous passons une soirée d'une exceptionnelle douceur entourés de coréens tous venus dans cette ville pour quelques mois afin de donner un peu de leur temps dans une des ONG qui peuplent la ville. Il y a peu de touristes dans les rues, majoritairement les étrangers fuient injustement Kolkata, seul les volontaires paraissent enchantés de cela et vaquent à leurs diverses occupations. Alors que nous débouchons dans un quartier plein de ruelles, une musique s'échappe d'une fenêtre et nous apercevons des enfants en train de danser sur " Brasil ". Nous nous arrêtons 5 secondes pour observer cette liesse et commençons à fredonner la chanson. En un instant, nous serons happés par la foule de gamins (aucune gamine n'était présente) et danserons près d'une heure au milieu du carrefour, les enceintes sorties dans la rue, les vaches peu soucieuses du vacarme les entourant. Nous aurons du mal à nous sortir de là, les jeunes nous interdisent formellement de partir, il faut continuer à danser. Exténués, déshydratés, plein de boue, nous nous rendons au Victoria Museum et son immense parc à quelques rues de là. Des dizaines de matchs de foot s'organisent un peu partout sur terre tandis que dans les airs se disputent des combats de cerf volant. Nous intégrons une équipe de foot avec comme pari " le gagnant paie un soda au perdant ". Nous céderons à la dernière minute, pour le but en or, notre défenseur (que je soupçonne soit dit au passage d'avoir raté son tacle exprès) laisse passer la balle et nous encaissons un but scandaleux. C'est finalement une glace que nous paierons à bien plus que toute l'équipe de foot réunie, c'est aussi cela l'Inde, un milliard de personnes, des gens partout à toutes les heures. Nous serons restés 24h à Calcutta mais nous voulons remonter le plus vite possible vers le Nord pour Varanasi la Sainte (cf article Julien), Dharamsala aux portes de la chaîne de l'Himalaya (cf article Cédric), et la région du Ladakh aux montagnes vertigineuses. Mais avant d'atteindre ces différents lieux, il nous faudra plusieurs jours de train et de bus, des moments inoubliables où les rencontres avec les indiens se multiplieront, tous ravis de discuter avec des européens. Ces premiers jours en Inde sont à la hauteur de mes espérances je suis comblé.
Nicolas
Gange, de la terre au ciel
Nous n'avons bien sûr pas hésité une seconde à en faire autant, nos pauvres âmes en errances en ayant bien besoin. Le soir de notre arrivée, alors que la mousson battait son plein, nous avons descendu les célèbres " ghats " (escaliers menant au Gange) chantant et dansant sur l'air de " I'm singing in the rain " pour faire nos ablutions. Nous nous sommes donc baignés dans ce fleuve mythique et même si nous apprenions le lendemain que c'est fortement déconseillé vu le taux des coliformes scandaleusement élevé, cela reste inoubliable. Pour l'anecdote de nombreux pèlerins la boivent, alors pas de panique. Ainsi lavés de tous ces péchés nous étions prêts à affronter cet immense pays-continent submergé par la spiritualité. Varanasi est aussi connue et reconnue pour sa musique, ce qui ma foi, tombait bien pour nous me direz vous. Vichnu et Chintu qui ne sont pas des divinités mais bien deux talentueux musiciens ont spécialement pour nous organisé un petit concert au pied levé dans leur école de musique. Ils nous ont interprété la mélodie du soir à la flûte accompagnée de tablas (percussions indiennes), alors à vos écouteurs pour ce premier extrait musical (cliquez ici pour écouter). Ces deux personnages sont très vite devenus des amis avec qui nous avons passé presque la totalité de notre temps. Chintu, le joueur de tablas est issu de la caste dominante des Brahmanes (les prêtres) et Vichnu de celle des serviteurs des rois, sont à l'image de l'Inde d'aujourd'hui. Chintu a pris le parti de vivre en dehors du système des castes qu'il considère comme dépassé, s'éloignant un temps de sa famille qui ne voyait rien de bon à ce qu'il devienne musicien. Vichnu, quant à lui, y attache beaucoup d'importance, il me dira d'ailleurs qu'il souhaite continuer la flûte dans ses autres vies (l'Hindouisme est basé sur la Réincarnation). Nous avons découvert la vielle ville en leur compagnie, les temples envahis par les singes, les charmeurs de serpents aux mélodies ensorceleuses (cliquez ici pour écouter l'extrait), les pâtisseries au miel qui me rappellent tant le Maroc. Couleurs, senteurs, l'extraordinaire brouhaha dans les rues sont autant de choses qui marquent la mémoire de façon délicieuse comme un souvenir d'enfance. Durant nos longues ballades à travers ces petites ruelles nous avons aussi eu droit aux vaches couchées en plein milieu du passage et ces animaux sacrés apparemment pacifique n'ont pas mis très longtemps à sentir le sang espagnol de mon partenaire Nicolas qui, deux ou trois fois, nous a démontré ses talents de toréador chargé par 700 kilos de muscles. L'Inde est aussi en proie à d'énormes contrastes, et lors de la visite de temples dans la banlieue de Varanasi on est tombé sur un cadavre d'un homme sur les bords d'un étang. Un noyé dont le corps tardait à être retiré comme c'est souvent le cas en Inde. Quand dans nos salons parfumés parisiens nous parlons des Indes, il revient souvent sur le tapis son célèbre syndrome et l'histoire de ces occidentaux qui, descendus de leur 747 climatisé débarquent à Calcutta pour le meilleur et pour le pire. Et bien ce contraste c'est aussi ce qui fait une des richesses de l'Inde. C'est un de ces rares pays qui se caractérise par une diversité ethnique, linguistique, culturelle ou le géant américain n'est pas encore là à chaque coin de rue pour nous vendre ses hamburgers ou son cinéma hollywoodien. Ce pays à une indépendance culturelle étonnante et je dirais même avec admiration fascinante, à l'heure où l'uniformisation n'est plus une interrogation mais une triste réalité. Car si il y a bien un point commun entre tous les jeunes du monde que nous avons rencontrés en ce qui concerne les goûts musicaux aussi bien au Sénégal, en Bolivie ou en Thaïlande, c'est malheureusement Britney Spears. Je vous laisse méditer sur cet étonnant rétrécissement du monde culturel et à la semaine prochaine.
Julien
"Tibet : une âme en
exil
Faisant écho à mon dernier article sur la situation en Birmanie, je me propose de pousser un nouveau coup de gueule à propos des conditions de vie des tibétains restés au pays après l'annexion par la Chine en 1959. Cela peut paraître tourner à l'acharnement contre le gouvernement chinois, mais il faut tout de même reconnaître que les faits ne plaident pas en leur faveur : Nous sommes à Dharamsala, dans le nord de l'Inde et c'est là que siège le gouvernement tibétain en exil. Le Dalaï Lama et une poignée de dissidents ont trouvé refuge dans cette bourgade accrochée aux contreforts de l'Himalaya, qui n'est pas sans rappeler les montagnes de Lhassa. Là, la communauté tibétaine s'est quelque peu reconstituée, et lutte toujours pour recouvrer sa souveraineté. Nous avons rencontré Ugyen Tsewang. Il travaille depuis 6 ans au Centre Tibétain pour les Droits de l'Homme et la Démocratie (TCHRD). Cette Organisation Non-Gouvernementale (ONG) a comme mission " d'éclairer sur la situation des Droits de l'Homme au Tibet, et de promouvoir les principes de la Démocratie dans la communauté tibétaine ". Elle a été créée en 1996 et est indépendante du gouvernement tibétain en exil. Son financement est assuré par les dons provenant du monde entier. Ugyen dépend du bureau d'information de la TCHRD, sa principale mission est de collecter les témoignages des victimes des exactions perpétrées par les militaires chinois. Il reçoit ainsi des lettres et des photos provenant du Tibet, mais il sait que la majorité du courrier est interceptée. Certains tibétains tentent la traversée de l'Himalaya et des ses glaciers à plus de 6000m, pour trouver refuge à Dharamsala, mais beaucoup meurent en route. Les témoignages de ces miraculés est une importante source d'information pour l'association. L'autre mission de ce bureau est de faire connaître au monde entier la teneur de ces témoignages. Il publie pour cela un rapport annuel sur la situation des Droits de l'Homme au Tibet, ainsi que de nombreuses autres publications ou voix de presse. Au menu, il y a de tout, un inventaire à la Prévert de l'horreur : discrimination raciale, destruction des monastères, tortures, exécutions sommaires, emprisonnements systématiques des dissidents… Quand on lit la liste des prisonniers politiques à la prison de Drapchi, la pire de toute, on frémit en voyant les motifs et les durées d'emprisonnement de ces hommes et femmes dont le courage est le seul défaut. Un exemple pris au hasard suffira à vous montrer l'ampleur de la supercherie : Jampa Lodroe, âge 23 ans, condamné en 1996 à 15 ans de prison pour avoir protester contre l'interdiction de posséder une image du Dalaï Lama. Parce que bien sûr, non seulement le gouvernement chinois a interdit à quiconque de posséder ou de parler du gouvernement en exil, mais il a fait pire : Il tente de monter une religion bouddhiste parallèle, en nommant ses propres autorités religieuses et en arrêtant ou exécutant les autres. Il s'appuie pour cela sur une poignée de tibétains qui, la peur au ventre, se prêtent de mauvaise grâce à ce jeux infâme. Ainsi, le 11ème Panchen Lama, la deuxième autorité religieuse après le Dalaï Lama, a été arrêté à l'âge de 5 ans, juste après qu'il est été identifié comme la Réincarnation de son prédécesseur. Son rôle est crucial car c'est le Panchen Lama qui a la charge d'identifier la Réincarnation du 15ème Dalaï Lama, quand l'actuel viendra à mourir. Ce sabotage me révolte profondément et je tenais à le dire.
Vous pouvez de votre côté contacter l'ambassade de Chine pour leur donner votre point de vue et envoyer un mail d'encouragement (en anglais) à cette ONG courageuse : dsala@tchrd.org
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